CR29 - Génomique et cancer : la construction d’un dogme scientifique. Pistes et hypothèses
Pascal RAGOUET - Faculté de Sociologie
Université de Bordeaux - BORDEAUX, France
(Avec Philippe GORRY)
Résumé : Dans l’explication des cancers, la théorie des mutations somatique (TMS) est prévalente : le cancer résulterait d’une accumulation de mutations aboutissant à une prolifération incontrôlée de cellules « immortelles » et capables de métastaser. Cette théorie apparaît au milieu des années 1970, en même temps que les premiers séquenceurs de protéines et d’ADN. La TMS est contestée au sein du champ de la biologie, doit faire face à des résultats expérimentaux et à des revues de littérature qui relativisent le caractère surdéterminant des mutations dans l’apparition des cancers. Les succès d’applications cliniques réussies qui lui sont imputables sont rares et l’évolution des taux d’incidence et de mortalité liée aux cancers ne laisse pas transparaître une amélioration très nette. Comment expliquer le fait que la TMS soit au centre d’un véritable paradigme en oncologie dans ces conditions ? L’enjeu est de proposer deux hypothèses de travail. La première est de considérer qu’en étant au centre de la structuration d’un système d’interdépendances entre les champs de l’industrie (notamment pharmaceutique), de la biologie et de la médecine, la TMS est soumise à un processus de pan-validation : sa reconnaissance n’est pas uniquement liée à sa valeur scientifique, mais aussi à son utilité (thèse Scheler-Pareto). La seconde vise le rôle important des pouvoirs publics dans la stabilisation de ce système à travers leur contribution au régime de la promesse technoscientifique.