GT07 - Le dernier mot revient-il toujours aux (vieux) psychiatres ? Contestations discrètes de la division du travail psychiatrique d'étiquetage des émotions
Marlène BOUVET - ENS de Lyon, Centre Max Weber
HES SO, Suisse - PARIS, France
Résumé : Cette communication portera sur les pratiques de professionnel·les du psychisme dans une clinique privée accueillant des « déviant·es émotionnel·les » (dépression, bipolarité). Elle interrogera certains poncifs sur la division du travail psychiatrique. Les représentations collectives dressent une échelle de légitimité des intervenant·es : le raisonnement intellectuel et le décryptage des énigmes corporelles, travail noble, reviendraient exclusivement aux psychiatres, les psychologues seraient cantonnés aux mécanismes de l'esprit, et les infirmier es seraient de simples agents d'enregistrement des fluctuations morales des déprimé es. Pourtant, cette répartition officielle des tâches ne se superpose qu'imparfaitement aux faits. Les psychiatres jouissent d'un statut hégémonique et posent le diagnostic, certes, mais les infirmier·es s'approprient le capital psy, et les psychologues mettent à distance une vision trop « biologisante » tout en promouvant la guérison par la respiration. Ces luttes symboliques se traduisent par des conflits dans la lecture des cas et l'exercice du care. La génération d'appartenance constitue un deuxième axe de différenciation, bouleversant les catégorisations émotionnelles. La diversification des profils sociaux - féminisation, sexualités, ethnicité - entraîne la réinterprétation des schèmes psy (hystérie) et d'évènements comme le viol. Les dispositions sociales des professionnel·les, leur part profane, travaillent donc profondément les savoirs experts.