GT34 - Violence d’État et immigration. L’irrégularisation des immigrés et la dénationalisation de leurs enfants dans les Caraïbes.
Amin PEREZ - Département de sociologie
Université du Québec à Montréal - MONTRÉAL, Canada
Résumé : A partir d’une recherche ethnographique et historique en cours, cette présentation propose une analyse sur comment et pourquoi l’État parvient à rendre l’immigration « illégale » et à se doter de moyens pour priver rétroactivement les enfants des immigrés de leurs droits citoyens. En me fondant sur le cas de l’immigration haïtienne en République dominicaine, mon objectif est de restituer le processus à travers lequel l’illégalité a été érigée comme un instrument d’État, déterminant aussi bien dans la constitution de nouvelles hiérarchies sociales et raciales, que dans la légalisation de nouvelles catégories sociales précaires. Cette recherche dans une ancienne colonie fondée sur une économie des plantations, met notamment au jour les réajustements des rapports de domination de l’État aux populations migrantes et leurs descendants nationaux dans l’ère néolibérale. Les données analysées nous montrent que la légitimation des inégalités est rendue nécessaire par les effets de l’immigration haïtienne qui brouillent la cohérence des catégories nationales et la séparation entre nationaux et immigrés illégitimes, bouleversent le contrôle de la main d’œuvre, perturbent le caractère temporaire de son encadrement, et dérangent l’entendement apolitique qui leur était assigné. Ce cas spécifique permet d’étendre l’analyse du caractère mouvant des frontières des droits civiques des immigrés, en dévoilant notamment l’incertitude abritée par la condition nationale.