CR32 - Ce que le rapport au « patrimoine » de la fonction archive de la Poste française dit de leur légitimité : une analyse socio-historique (1997-2023)
François DE SOUZA SILVA - Laboratoire Printemps
Université de Versailles-Saint-Quentin - GUYANCOURT, France
Résumé : La profession d’archiviste en France est plutôt traditionnellement associée aux Archives nationales et départementales et au ministère de la culture dont elles dépendent, qui ont pour mission de sauvegarder les archives en ce qu’elles constituent un patrimoine culturel national. Mais l’histoire récente de la Poste est celle d’une évolution vers le modèle de l’entreprise, dans laquelle l’archivistique a du mal à se créer une légitimité durable. Jusqu’en 1994 y existait une fonction archive pilotée par les Archives nationales, mais elle a disparu pour revenir en 1997 sous la forme d’un service rattaché à son PDG. Aujourd’hui la précarité de son existence s'y manifeste encore, notamment par la réduction de son nombre d'agents. Malgré tout, en 20 ans, la fonction archive postale est parvenue à se faire une place. Pour comprendre comment, cette communication propose de revenir sur l’évolution de son discours et de son positionnement d’« acteur patrimonial ». Nos entretiens et nos dépouillements d’archives ont montré son progressif éloignement par rapport aux institutions patrimoniales traditionnelles. La notion de « capital documentaire » prend le pas sur le « patrimoine », et la « mémoire » de l’entreprise devient ce qui aide à la prise de décision immédiate. Les archivistes postaux deviennent, non sans nuances et résistances, des « records managers » qui, en standardisant la production documentaire de l’entreprise, modifient ainsi la teneur de ce qu’elle laissera aux historiens de demain.