GT07 - Souffrir de schizophrénie au Québec : des savoirs techniques sur ce qu’être fonctionnel en société veut dire
Stephanie GARIEPY
Université Laval - QUÉBEC, Canada
Résumé : Cette communication vise à réfléchir la schizophrénie, ses symptômes, les individus et leurs traitements dans une société qui n’hospitalise presque plus et qui ne conçoit plus d'emblée la maladie mentale, même celle la plus grave et persistance, comme un frein à l’intégration sociale et à la citoyenneté. Les services psychiatriques contemporains, tels que le suivi intensif dans le milieu (SIM), se réalisent désormais majoritairement dans la communauté, c’est-à-dire en dehors de l’hôpital. Différents lieux de traitement sont alors possibles, ce qui exige une reconfiguration morale et sociale de la prise en charge des individus malades dans notre société. Au-delà du devoir moral, voire civique, d’être autonome que nécessite la prise charge en dehors de l’hôpital, les personnes diagnostiquées de maladies mentales considérées comme les plus incapacitantes sont les sujets d’une surveillance intensive dont les paramètres se définissent toujours par rapport aux critères d’une fonctionnalité individuelle présumée et attendue. De ces critères normatifs découlent des jugements moraux sur les états mentaux, les habitudes de vie, les besoins, les capacités et finalement, les émotions dans leur manifestation quotidienne. Il importe de s’interroger sur ce qu’être fonctionnel veut dire et ce, à partir de l’archétype du citoyen-schizophrène toujours soupçonné, loin de l’institution totalitaire et de ses paramètres traditionnels, d’être un ou jour l’autre inapte à vivre avec les autres.