CR15 - Abondance versus indigence ? Vers une théorie générale de la centralité du travail
Raphaël PITERS - GEMASS (UMR8598)
Sorbonne - PARIS, France
Résumé : Au cours des dernières décennies, les recherches en sciences sociales ont témoigné d’un déclin de l’importance du travail dans la vie des Français. Si ce phénomène est commun à la plupart des Européens, il semble qu’il n’affecte pas tout le monde de la même manière. Plus précisément, celles et ceux pour qui le travail « passe avant tout » ont des profils sociaux plus hétéroclites que l’on pourrait s’y attendre. Néanmoins, l’état de la littérature permet de nous proposer quelques pistes de recherches : Christian Baudelot et Michel Gollac ont démontré l’existence d’une corrélation positive entre le taux de chômage et le degré élevé d’importance accordée au travail, et Pierre-Michel Menger a souligné le lien entre l’importance du travail dans la vie et le fait d’exercer une profession qui permet l’expression de soi. Seulement, ces pistes de recherches nécessitent d’être actualisées. A partir des trois dernières vagues de l’Europe Value Survey nous proposons donc de tester ces deux hypothèses. Après avoir présenté l’évolution entre 1999 et 2017 du rapport au travail des Français, nous veillerons donc à examiner l’effet du chômage d’une part, et l’effet de la passion qu’octroient les « professions à risque », qui se caractérisent par un haut niveau d’indépendance statutaire. Ainsi, à partir d’une version revisitée de la théorie de Ronald Inglehart, nous proposerons les éléments d’une théorie générale de la centralité du travail qui pourrait expliquer son déclin en Europe.