CR32 - La formation continue des chauffeurs·euses poids lourd en Suisse ou la mise à l’épreuve d’une protection et d’une qualification de la profession
Patrick ISCHER - Haute École de Gestion ARC
Institut du Management des Villes et du Territoire - NEUCHÂTEL, Suisse
(Avec Aris MARTINELLI et Emir TAYMAZ)
Résumé : Depuis 2009, en Suisse, les personnes conduisant des véhicules de plus de 3,5 tonnes sont, au regard de l’Ordonnance réglant l’admission des chauffeurs (OACP) qui intègre les dispositions de la Directive de l’Union européenne 2003/59/CE, obligées de suivre une formation continue. Celle-ci consiste en cinq jours de sept heures de cours dans un délai de cinq ans et permet d’obtenir la « Carte de qualification de conducteur » qui donne ainsi le droit d’exercer la profession. Cette prescription est particulière, car elle s’adresse à une population de travailleurs·euses qui a longtemps officié sans avoir d’autre diplôme que le permis de conduire. En nous appuyant sur les données récoltées dans le cadre d’un projet de recherche mené en Suisse auprès de 20 transporteurs et 25 camionneurs·euses, nous proposons dans un premier temps d’interroger la légitimité de cette formation à partir du concept « Licence and Mandate ». Partant, il s’agira de comprendre dans quelle mesure elle permet de protéger la profession de chauffeur·euse. Dans un second temps, nous tenterons de saisir en quoi cette formation peut influer sur la qualification des professionnel·les en considérant notamment les potentielles tensions entre les formateurs·trices qui déterminent le contenu du cours et les conducteurs·trices qui peuvent remettre en cause celui-ci au regard de leur expérience et de la réalité des tâches accomplies (et ainsi exercer un contrôle sur les savoirs transmis).