CR09 - Nommer le handicap : métaphores et meurtrissures du corps. La figure du Kokobe en Haïti
Aggée Célestin LOMO MYAZHIOM - Laboratoire interdisciplinaire en études culturelles LinCS
Université de Strasbourg - STRASBOURG, France
(Avec Frédéric REICHHART)
Résumé : En Haïti, le handicap est perçu comme une « mort sociale ». Les personnes en situation de handicap (PSH) sont considérées comme des êtres qui «n’apportent rien». Leur «anormalité» fait ressortir une incapacité ontologique. Ces éléments d’infériorisation, d’invisibilisation et d’exclusion découlent principalement du statut du corps. Pour nommer les PSH en Haïti, le terme de kokobe se dégage. Il renvoie directement à l’idée d’infirme (enfim), à la faiblesse physique… Cette association entre le kokobe et la mobilité réduite résonne avec l’étymologie du terme créole venant de l’expression française «corps courbé». Le kokobe qualifie quelqu’un dont le corps est déformé, malformé, confronté à des difficultés de mobilité. Par extension langagière, le kokobe embrasse toutes les personnes considérées comme handicapées. Les PSH sont considérés comme des mòso moun (morceau de personne), des «moitiés» ou «3/4 d’homme». Ici, le corps devient socialement désactivé, dévitalisé, relégué ou détritus. Ce processus de nomination recourt à différents imaginaires souvent péjoratifs voire humiliants, toujours réducteurs. Intrinsèquement, les modalités de désignation du handicap en Haïti sont polysémiques. Notre communication s’intéressera aux trois registres qui fécondent le processus de nomination des PSH : le premier recouvre l’immédiate apparence du corps (réduit à sa déficience) ; le second puise dans le bestiaire ; le troisième convoque les attitudes (non conformes aux codes sociaux).