CR41 - Faire science en commun : pistes de réflexion pour une sociologie charnelle
Bruno FRERE - Faculté des Sciences Humaines et Sociales
Université de Liège - LIÈGE, Belgique
(Avec Manuel CERVERA-MARZAL)
Résumé : Dans cette communication nous voudrions partir du tournant récent emprunté par diverses théories critiques. Comme le montrent les travaux intersectionnels et ceux portant sur l’anthropocène, la domination et l’exploitation des humain·e·s et de tous les êtres qui ont été mis du côté de la « nature » atteignent à plusieurs égard leur paroxysme. Mais ces travaux indiquent aussi de plus en plus souvent qu’il existe dans les plis de ce monde décrépit (Tsing) de nouvelles formes de vie et des façons de (re)faire monde commun (Stengers), déjà en partie émancipées. Dans cette présentation nous voudrions commencer à dessiner les contour d’une sociologie charnelle inspirée de Merleau-Monty qui aurait pour objet de se mêler à ces formes afin de pouvoir au mieux les décrire, dans l’espoir qu’elles se renforcent. Du point de vue épistémologique, il s’agira pour nous de nous interroger à nouveau frais sur l’éternelle « neutralité axiologique » et d’assumer une sociologie engagée. Mais dans un tout autre sens que celui entendu traditionnellement. Il ne s’agira plus de confesser quelques postures normatives ou d’accepter que nos options idéologiques jouent un rôle dans nos enquêtes. Il s’agira de reconnaître qu’enquêter c’est toujours déjà être au monde et donc être engagé dans la chair du social. Toujours en suivant Merleau-Ponty, nous poserons l’idée que toute « description » (du monde) ne peut exister que grâce à notre « inscription » (dans le monde).