GT33 - Terminologie non européenne comme impensé colonial : le jihad, le mektoub et leur appropriation conceptuelle.
Karima RAMDANI - GTM/CRESPPA
CRESPPA/CNRS - PARIS, France
Résumé : Mes recherches analysent les expériences des femmes « indigènes » musulmanes et de leurs représentations. Dans mes travaux, ce qui au départ était perçu comme une réserve sur la pertinence d'employer la terminologie « indigène », est devenu rapidement une nécessité méthodologique. Deux termes m’ont interpellée par leurs usages dans les écrits coloniaux : le mot jihad et la notion de mektoub. Ces notions, instrumentalisées dans les savoirs coloniaux, sont aujourd’hui décontextualisées. Le temps, et sa conceptualisation, était un instrument d’assujettissement des « indigènes ». Le mektoub devient synonyme de fatalisme et démontrerait le caractère arriéré de leur société. Or ce concept, dans son usage polysémique, notamment par les femmes prises dans différents rapports de domination, conteste une vision linéaire du temps propre aux sociétés capitalistes, et devient un instrument de résistance. Et c’est dans un souci de conceptualisation du temps par les « indigènes » eux-mêmes, qu’intervient dans mes travaux l’intérêt pour un autre concept qui est celui de jihad. Terme polémique, les sociétés européennes ne retiennent que son versant guerrier, cette définition leur permettant de démontrer ainsi le caractère foncièrement brutal des « indigènes » musulmans. Sans nier l’aspect guerrier de cette notion, qualifiant l'effort, il s’agit d’insister sur son historicité, pour réfléchir aux sens que l’on peut donner aux notions de résistance passive dans un contexte colonial.