CR09 - Un héritage sans patrimoine, deux études de cas
Anne ISLA - LEREPS, Sciences Po Toulouse
Université Toulouse Jean Jaurès - TOULOUSE, France
(Avec Jean-Luc POUEYTO)
Résumé : 1- Dans le Haut Adour Pyrénéen l’entretien des « rigoles », petits cours d’eau s’étendant sur plus de 10 km est pris en charge de nos jours par des bénévoles. De telles activités s’inscrivent dans un héritage, non pas de biens, mais d’activités collectives et de savoirs. Pour autant, de telles pratiques ne peuvent être considérées comme relevant du « patrimoine immatériel » puisque c’est le principe d’entretenir ces rigoles qui est maintenu et non pas la façon dont on s’y emploie laquelle diffère le plus souvent des pratiques ancestrales. 2- Chez les Manouches, il n’existe pas de transmission de biens matériels entre générations. À la mort d’une vieille personne, lorsque celle-ci est seule, ses quelques biens matériels sont entièrement détruits. Une fois les frais d’enterrement couverts, l’argent et les éventuels bijoux de cette personne sont mis dans le cercueil avec le corps. Son nom ne sera plus prononcé à voix haute même si le souvenir de sa présence restera constamment évoqué au sein de l’intimité familiale. Là encore, ce dont on hérite, ce sont des manières collectives d’être au monde. À partir de ces deux exemples, Anne Isla, économiste, et Jean-Luc Poueyto, anthropologue, se proposent de comparer ces deux formes de transmission, d’héritage : principe d’entretien des rigoles, principe de destruction des biens matériels. Que nous disent, l’une sur l’autre, ces pratiques (inhabituelles) d’être au monde, ces constructions de la durée et de la transmission ?