GT14 - Patrimonialiser les traces des violences politiques au Chili : catégories, acteurs et limites
Camila VAN DIEST - SAGE
Université de Strasbourg - STRASBOURG, France
Résumé : Les traces spatiales des crimes de la dictature au Chili (1973-1990) constituent un héritage difficile qui soulève toujours des résistances et catalyse des polémiques. Les tentatives pour effacer ces vestiges ont été systématiques durant la dictature, au cours de laquelle de nombreux lieux ont été détruits ; ces démolitions et démantèlements progressifs se sont poursuivis après la restauration de la démocratie et sont toujours fréquents. Compte tenu de cette vulnérabilité des lieux, et dans le cadre plus large des demandes de justice et de réparation symbolique, des groupes de la société civile se mobilisent depuis le milieu des années 1990 afin d’exiger la protection de ces sites — par le biais de leur classement patrimonial — et de publiciser les mémoires des atrocités dont ils témoignent. Dans ce cadre, cette communication vise à interroger les actions et revendications portées par divers groupes citoyens engagés autour des sites de mémoire classés comme monuments nationaux, intégrés dans une « route de la mémoire » dans la région de Valparaiso. L’objectif est d’examiner comment les luttes citoyennes pour se réapproprier et faire vivre ces lieux, confrontées à la fois à la spatialisation des asymétries de pouvoir héritées de la dictature et à la faiblesse de l’action publique en ces matières, permettent de repenser les catégories patrimoniales. L’enquête ethnographique, initiée dans le cadre d’une recherche post-doctorale, s’est déroulée entre 2018 et 2023.