GT07 - Le travail émotionnel au cœur de l’étude des émotions par les sciences du travail. Revue de littérature et perspectives critiques.
Thomas BONNET - Centre Max Weber
Université Lyon 2 - LYON, France
(Avec Eric DRAIS)
Résumé : Le concept de travail émotionnel, élaboré par A. Hochschild à la fin des années 1970 aux États-Unis, dans le cadre d’une approche féministe de la sociologie des services, offre une perspective d’analyse des émotions au travail. Ce concept suscite un intérêt manifeste d’une triple manière : une expansion au-delà du seul domaine de la sociologie du travail (intimité, culture, etc.), une adoption croissante à l’échelle internationale et une transcendance conduisant à une mobilisation par diverses disciplines des SHS dépassant la sociologie (psychologie, science politique, sciences de gestion, etc.). Le travail émotionnel semble au cœur de la compréhension des émotions par les sciences du travail. Néanmoins, plusieurs questions émergent. L’usage massif de la notion participe-t-il à promouvoir une approche critique ou, au contraire, à le consacrer de manière dogmatique ? Les diverses traditions disciplinaires qui emploient ce concept le modifient-elles ou s’inscrivent-elles dans le même cadre conceptuel ? Pour esquisser des pistes de réflexion, en cohérence avec l’axe 1 de l’appel, nous proposons, d’une part, de nous appuyer sur l’analyse d’une revue de littérature couvrant plus de six cents références (2010-2023) et, d’autre part, de mettre en lumière des points aveugles dans l’appareil conceptuel d’Hochschild. Nous illustrerons cela en examinant la notion de règle de sentiments et en abordant le travail émotionnel comme un surtravail au sens de Marx.