CR36 - À la poursuite de la difficile décolonisation de la recherche (ou pourquoi elle est nécessaire malgré son incomplétude)
Stéphanie GARNEAU - École de travail social
Université d'Ottawa - OTTAWA, Canada
Résumé : Parallèlement au développement de la pensée décoloniale se sont multipliés, ces dernières années, des écrits appelant à la décolonisation des méthodologies de recherche. Comme de nombreux manuels généraux de méthodologie qui l'ont précédée, toutefois, cette littérature ne permet pas toujours de dépasser les « grands principes », quand ce n’est qu’elle apparaît vaine tant l’institution universitaire demeure empreinte de colonialité. À partir de l’expérience d’un cours d'initiation à la recherche terrain réalisé au Maroc avec 13 étudiant·es de l’Université d’Ottawa, cette communication propose d’embrasser les ratés incontournables – y incluant coloniaux – de la recherche de terrain afin d’en isoler ses effets potentiellement décoloniaux. Après avoir défini ce qui est généralement entendu par « décolonisation de la recherche » et brièvement exploré les modalités de réalisation du cours, nous montrerons en quoi l’enquête de terrain, en dépit de ses imperfections dues à l’indétermination du réel, permet de : 1) faire éclater des catégories surplombantes gênantes malgré leur caractère critique ; 2) de dompter les émotions pour les mettre au service de la production du savoir ; 3) et d’exercer une analyse multi-échelle et fine du réel colonial en train de se faire. Par son caractère pédagogique, ce cours, qui portait sur l’action publique en matière de migrations irrégularisées au Maroc, offre un effet de miroir grossissant sur l’acte même de la recherche scientifique et ses apports.