CR10 - La bourse ou la vie ? L’autonomie temporelle des chauffeurs Uber
Carlotta BENVEGNU - Centre Pierre Naville
Université d'Evry Paris-Saclay - PARIS, France
Résumé : La possibilité d’une autonomie temporelle permettant de mieux articuler les temps sociaux est l’un des premiers arguments mis en avant par Uber pour inciter à devenir chauffeur. Or, si la liberté d’organiser son temps de travail constitue bien un des premiers motifs d’entrée dans le métier, cette promesse est mise à mal par la baisse progressive des rémunérations. S’ils veulent maintenir leur niveau de revenu, les chauffeurs sont aujourd’hui obligés d’accroitre leur durée du travail et de privilégier les horaires atypiques. Comment font-ils face à cette injonction contradictoire ? Se plient-ils aux contraintes de la plateforme, renouant par là-même avec la figure de « Monsieur Gagne-pain » ? Ou inaugurent-ils de nouvelles modalités d’articulation des temps sociaux ? La communication, qui se fonde sur une série d’entretiens avec des chauffeurs à Montréal (34) et à Paris (20), explore la diversité des pratiques en matière d’articulation des temps sociaux dans un secteur masculin et racisé. Alors que la grande majorité des chauffeurs, à Montréal comme à Paris, sont des hommes issus des classes populaires et de l’immigration postcoloniale, leurs stratégies en termes d’articulation des temps sociaux varient de manière significative. Nous monterons comment ces différences s’expliquent moins à la lumière des spécificités sectorielles liées au contexte national, qu’à l’aune de ressources situées à l’intersection des trajectoires socio-professionnelles, migratoires et familiales.