CR24 - Le Japon comme petite société imaginaire : une étude sociologique de la production littéraire d’après-guerre
Steve CORBEIL - Département des Relations Internationales
Université du Sacré-Coeur, Tokyo - TOKYO, Japon
Résumé : Comme le démontrent le sociologue japonais Masachi Osawa et le politologue Satoshi Shirai, le Japon d'après-guerre est marqué par une perte de souveraineté sur le plan politique, ce qui affecte les individus qui doivent dès lors recréer leur identité dans une société dévoyée des signes du pouvoir. Il faut souligner que la défaite de 1945, l'Occupation américaine et les indemnités de guerre ont considérablement affaibli la capacité de la société japonaise à reconstruire une « communauté de destin » (Fernand Dumont), susceptible de rompre définitivement avec la notion de nation d'inspiration hobbesienne qui a défini le Japon impérial (1868-1945). Cet état de fait perdure encore aujourd’hui. Même si le poids démographique et économique du Japon contemporain est indéniable, une image d'une petite société a émergé parmi des acteurs sociaux aux buts souvent diamétralement opposés : la vision d'une petite société japonaise a été utilisée autant pour justifier un retour au militarisme que pour défendre des idéaux pacifiques et non-interventionnistes. En d'autres termes, l'idée de petite nation dans le Japon d'après-guerre permet d'établir un état d'exception (voir Carl Schmitt et Jacques Derrida) dans un État qui a perdu les attributs traditionnels de la souveraineté. À partir d'une analyse de textes politiques et littéraires, nous mettrons en lumière comment cette identité d'une petite nation s'est construite et comment elle a modifié le paysage culturel japonais.