GT28 - Dénoncer et exposer un programme clandestin : le « programme de restitutions extraordinaires » des États-Unis
Malika DANOY - Cresppa/LabTop
université paris 8 - PARIS, France
Résumé : Après le 11 septembre, les États-Unis développent le programme de restitutions extraordinaires. Si on peut aujourd’hui dresser le tableau d’un système répressif mondial organisant la détention extrajudiciaire d’individus entre 2001 et 2009, cela résulte d’une mobilisation de certains acteurs. Dès 2001, ils dénoncent des actes illégaux sans pouvoir identifier la nature des activités clandestines, car ce programme fait l’objet d’une dissimulation. La sociologie des mouvements sociaux permet d’étudier comment « le drame de la dissimulation et du dévoilement » qui se joue dans la confrontation entre le secret et la trajectoire argumentative des dénonciations aboutit à l’exposition publique du programme. La sociologie pragmatique permet d’analyser les échecs puis les succès partiels de ces dénonciations. Et la dimension instituante du scandale éclaire la nature des réponses étatiques apportées à ces pratiques illibérales. Pour montrer comment ce programme devient un problème public, nous évoquons d’abord les acteurs initiaux de la dénonciation. Comparables à des lanceurs d’alerte, leurs thèses ne parviennent pas à se diffuser dans l’opinion. Cependant, leur trajectoire argumentative bascule en 2004 et atteint de nouvelles arènes. Un nouveau cycle de recherche débute, révélant l’ampleur du système clandestin. Le programme dévoilé, il prend fin en 2009. Cependant, tous les aspects des politiques d’exception ne sont pas démantelés comme en témoigne l’ouverture de la prison de Guantanamo.