GT33 - Le paradigme décolonial dans les sciences sociales

Référente : Warda HADJAB - warda.hadjab@ehess.fr

Introduire le paradigme décolonial dans les sciences sociales de langue française : questions méthodologiques

Ces deux dernières décennies ont vu émerger dans les sciences sociales francophones une réflexion scientifique pluridisciplinaire qui a mis en évidence « la colonialité du pouvoir » et « la colonisation du savoir » à l’œuvre dans la fabrique des connaissances. Incarnées le plus souvent de manière invisible dans les postulats théoriques sous-jacents de traditions disciplinaires, dans les manières normées de construire un objet de recherche, de formuler les hypothèses, d’énoncer une problématique ou encore de choisir les outils de l’enquête, les deux facettes de ce qui reste encore trop souvent un  « impensé colonial » (Dayan-Herzbrun & Kadri, 2022) sont notamment prégnants dans les concepts et les outils théoriques dont le/la chercheur·e dispose pour analyser et interpréter ses données, mais aussi dans la méthodologie en vigueur.

Se référer au paradigme décolonial comme nous le proposons, c’est penser de manière réflexive et transdisciplinaire les limites d’un universalisme imposé depuis le Nord, tenter d’établir un  état des lieux des « injustices épistémiques » (Fricker, 2007) qui occultent à la fois des locuteurs et des objets éventuels de recherche, et mettre en évidence la manière dont ces injustices peuvent être réparées, notamment en mettant en relation producteurs et productrices de connaissance à partir de lieux divers mais en dialogue.

Une première étape devrait porter sur les questions de méthode. Pour interroger ces enjeux multiples autour du paradigme décolonial, de la fabrique des savoirs et de la réflexivité interdisciplinaire, nous proposons quatre séries de questions destinées à structurer le panel de réflexion :

  1. La dichotomie classique et positiviste « sujet/objet » est-elle (encore) tenable dans les sciences sociales aujourd’hui ? Quelles difficultés induit cette séparation et son maintien ? Comment la (re)mettre en cause ?
  2. Comment interroger la division disciplinaire sur certains objets de recherche et consolider une porosité des disciplines ?
  3. Quelles nouvelles méthodologies pour mettre en œuvre le paradigme décolonial dans les sciences sociales francophones ?
  4. Dans quelle mesure peut-on questionner l’usage de la langue française, de ses pouvoirs prescriptifs et de ses rapports normatifs, par exemple dans un processus de traduction nécessaire au travail scientifique ?

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